C'est une pathologie mécanique de surcharge
Les cartilages de croissance et les points d'ossification sont les
points faibles du squelette. Ils cèdent bien avant l'os et les ligaments.
Il ne faut pas parler de tendinite ni d'entorse chez l'enfant !
Cette souffrance est favorisée par :
- les contraintes mécaniques répétées : excès de sport (plusieurs
heures par semaine), gestes répétitifs (sauts, lancers), entraînement
mal programmé (gestes techniques trop répétés, stages trop
intensifs)...
- parfois des troubles statiques : pieds plats ou creux, dos voûté.
Les localisations possibles sont nombreuses
Pied : calcanéum
(talalgie de Sever), scaphoïde
tarsien, scaphoïde
accessoire, tête du 2ème métatarsien, sésamoïde interne, base du
5ème métatarsien.
Genou : tubérosité tibiale antérieure (maladie
d'Osgood-Schlatter),
pointe de la rotule, condyles fémoraux (polyostéochondromatose).
La
polyostéochondromatose du jeune enfant est d'évolution généralement
favorable. L'ostéochondrite disséquante est d'apparition plus tardive et
peut libérer un petit fragment ostéocartilagineux dans l'articulation,
source de douleurs et de blocages.
Bassin : arrachements de l'épine iliaque antérieure ou de la
tubérosité ischiatiques. lls donnent un tableau de déchirure
musculaire. A distance, ils peuvent laisser des calcification qui, chez
l'adulte, peuvent ressembler à des images de cancer des os. Il est donc
important d'en bien prévenir le patient et de noter l'accident dans le
carnet médical.
Rachis : avulsion
chondro-discale donnant des encoches aux coins
antérieurs des vertèbres, enfoncement des plateaux de croissance
conduisant à une déformation en coin des vertèbres (cunéïformisation)
et à des déformations invétérées en cyphose.
Coude : des atteintes peuvent aussi exister chez de jeunes joueurs de
tennis, lanceurs de javelots et chez des gymnastes.
Le diagnostic est avant tout clinique !
Il est évoqué devant un enfant ou un jeune adolescent actif, en bonne
santé, qui pratique un sport agressif : football, roller, trampoline,
patinage...
dont la poussée de croissance récente a pu favoriser une montée en
niveau (attention au surclassement !), un stage intensif pour préparer
une compétition...
La douleur est de rythme mécanique : maximale le soir, elle est
calmée par le repos nocturne. Une brève période de dérouillage matinal
est fréquente, mais il n'y a pas de réveil douloureux nocturne, à moins
d'une crise très aiguë.
La douleur est bien reproduite à l'examen : palpation et surtout
percussion dans une zone précisément limitée. Parfois une
tuméfaction dure est visible (tubérosité antérieure du genou). La
contraction résistée du muscle qui s'insère au point concerné est
douloureuse.
La recherche de signes négatifs est impérative
- Pas de fièvre ni d'altération de l'état général
- Pas de réveil nocturne
- Pas de fonte musculaire (amyotrophie)
- Pas de gonflement articulaire
- Pas d'adénopathie (ganglions lymphatiques), la rate est normale.
- Le bilan biologique montre une numération formule sanguine, une
vitesse de sédimentation et une C-Reactive Protein normales (pas de signe
infectieux, inflammatoire ni leucémique).
Les radiographies
Elles sont souvent normales au début. Il faut rechercher :
- condensations, fragmentations du noyau d'ossification,
- irrégularité des condyles, encoches sur les plateaux vertébraux.
- Les images franches signent des lésions avancées et il ne faut pas
les attendre pour entreprendre un traitement efficace !
Les radiographies servent surtout au diagnostic différentiel :
- Tumeurs +++ qui doivent être dépistées au plus tôt ! Il faut y
penser surtout au genou.
- Fractures de fatigue, surtout au niveau du pied.
- Ostéochondrite disséquante fémorale ou
rotulienne.
L'arthroscanner est l'examen de choix pour préciser l'étendue exacte
des lésions et visualiser un sequestre ostéochondral.
Traitement : supprimer les contraintes mécaniques !
Il faut agir de manière rapide, graduée mais efficace.
- Il n'y a pas de place pour les anti-inflammatoires ni pour les
infiltrations !
Au niveau du pied :
- Les orthèses plantaires moulées
sont de grand service et trouvent
leurs meilleures indications chez l'enfant : amortissement du talon par un
matériau visco-élastique, soutien de voûte pour soulager le scaphoïde
tarsien, barre rétro-capitale de décharge pour les atteintes
antérieures, logette au bord externe de la semelle pour soulager la base
du 5ème métatarsien.
- Pas de saut, de course, de football, de roller... Mais le vélo et la
natation restent autorisés.
- En cas d'échec des premières mesures, il ne faut pas hésiter à
faire une immobilisation par botte en résine pour 4 semaines. Le
résultat est généralement spectaculaire.
Au genou, la maladie d'Osgood-Schlatter exige un repos sportif d'au
moins 3 à 6 mois. Plus on retarde les mesures appropriées, plus longue
sera l'évolution, avec un risque de complications : saillie disgracieuse
sous le genou, séquestre intra-tendineux et, au pire, un arrachement de
l'insertion du tendon rotulien qui compromet fortement l'avenir sportif de
l'enfant.
- Si le repos n'apporte pas de soulagement ou si la douleur est d'emblée
importante, on immobilise le genou en extension pendant 4 à 6 semaines.
En cas d'atteinte bilatérale, on peut décider de traiter d'abord un
côté, puis l'autre. Pour rendre le traitement plus confortable, nous
faisons parfois réaliser des orthèses amovibles en plastique
thermoformé.
- Les indications chirurgicales sont exceptionnelle : en cas
d'arrachement, ou bien après 15 ans, pour l'ablation d'un séquestre
intra-tendineux resté douloureux alors que les cartilages de conjugaison
sont soudés et ne peuvent plus être incriminés.
Au niveau du rachis, les contraintes antérieures doivent être
combattues :
- d'abord de manière active, par un renforcement musculaire en
extension. On se donne 2 mois pour juger de son efficacité.
- Si l'effet est insuffisant, on propose un traitement orthopédique
par un corset anti-cyphose, pour une durée limitée de 3 à 6 mois,
parfois plus, si les lésions radiologiques paraissent importantes et
s'il y a encore un bon potentiel de croissance. Le soulagement est
généralement observé dès le premier mois. On peut alors autoriser
une reprise sportive partielle, en évitant les sauts répétitifs et
les exercices en flexion ou rotation forcée. Pour le football, le
mieux est d'attendre la saison suivante.
Conclusion
L'ostéochondrose est une pathologie fréquente mais trop souvent
méconnue ou sous-estimée, d'autant plus que le jeune sportif et son
entourage n'acceptent pas forcément de bon coeur une remise en cause
drastique du programme prévu, surtout s'il y a esprit de compétition.
Pourtant, il est inutile de tergiverser car la nature ne fera pas de
cadeau. Un traitement insuffisant se paiera par un passage à la
chronicité, voire des complications qui mettront un terme définitif à
tout projet sportif.
Signalons enfin que certains jeunes peuvent souffrir de plusieurs
localisations successives. Une surveillance attentive
jusqu'en fin de
croissance est donc justifiée pour déceler d'éventuelles récidives.
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