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La prothèse de genou par voie mini-invasive

La chirurgie mini-invasive a pour objectif de diminuer la taille des incisions nécessaires à l'implantation des prothèses articulaires, afin de réduire la morbidité et d'accélérer de façon significative la récupération et la convalescence

Le développement de la chirurgie prothétique du genou depuis les années 70

Il est lié au vieillissement d'une population qui n'accepte plus le handicap lié à l'arthrose. La demande fonctionnelle est devenue une exigence, le retour rapide à l'autonomie fonctionnelle est une nécessité primordiale.

Les résultats à moyen et long terme de la chirurgie prothétique du genou n'ont cessé de s'améliorer, du fait des nouveaux matériaux, de l'amélioration du dessin des prothèses, de la meilleure compréhension des facteurs biomécaniques et de l'expérience accrue des chirurgiens spécialisés.

Les objectifs de la chirurgie mini-invasive

Les voies d'approche traditionnelles impliquent toutes une agression majeure de l'appareil extenseur :

  •  Voie trans-quadricipitale (à travers le quadriceps, la plus utilisée), voie sous le vaste interne, voie externe, avec ou sans relèvement de la tubérosité tibiale (point d'insertion de l'appareil extenseur sur le tibia).

  •  Ces voies imposent de blesser le quadriceps, muscle particulièrement sensible aux traumatismes,

  •  Et de luxer la rotule pour avoir une meilleure exposition possible du site d'implantation de la prothèse.

Ces techniques n'ont pas démérité sur le moyen et le long terme, mais elles entraînent des suites opératoires immédiates difficiles, du fait de l'importance toute particulière de la douleur et du saignement post-opératoire, ce qui complique la récupération et la rééducation précoce.

L'enjeu de la technique mini-invasive est justement de faciliter les suites au cours des six premières semaines post-opératoires.

La technique chirurgicale

L'incision mesure de 8 à 10 cm et se situe à un travers de doigt en dedans de la rotule.

  •  En haut, l'incision s'arrête à l'insertion du muscle vaste interne, au bord supéro-interne de la rotule.
  •  En bas, 2 à 3 cm en dessous de l'interligne articulaire, en regard de l'insertion du tendon rotulien.
  •  La rotule est alors subluxée pour donner accès à l'ensemble de l'articulation du genou. Elle pourra être examinée par simple éversion.

Une instrumentation adaptée à l'étroitesse de l'incision, permet de procéder aux différents temps opératoires.

L'exposition est facilitée par une installation sur la table d'opération permettant de changer aussi souvent qu'il est nécessaire, la flexion et l'extension du genou, contrairement à la technique traditionnelle qui impose des coupes osseuses en flexion à 90° et en extension totale.

On peut ainsi pratiquer les différentes coupes osseuses : fémorales distales et antéro postérieures, tibiale proximale et enfin le temps rotulien avec ou sans resurfaçage.

Il est possible de procéder à l'équilibrage ligamentaire et à l'appréciation de la rotation fémorale de la même manière que dans la technique traditionnelle. A aucun moment, moyennant une expérience et un apprentissage indispensable, il n'existe un risque de mal positionnement de la prothèse définitive.

Indications de la technique mini invasive

Dans la chirurgie de première intention

  •  Il n'existe pas de contre-indication formelle à la technique mini-invasive.
  •  La technique est rendu difficile par les rotules basses rencontrées dans les suites d'ostéotomie tibiale, par exemple.
  •  L'obésité, l'importance de la déformation, un vaste interne hypertrophique, représentent autant de difficultés déjà retrouvées dans la technique traditionnelle, mais ce ne sont pas des contre indications définitives.

La chirurgie de reprise prothétique est exclue des méthodes mini-invasives.

La chirugie prothétique uni-compartimentale reste une indication de choix de la technique mini invasive.

La rééducation

L'objectif premier de la voie mini invasive est de faciliter la récupération immédiate, de diminuer la durée d'hospitalisation et de rendre plus aisée la démarche rééducative.

Dans notre expérience, la durée moyenne de séjour est de 6 jours, alors qu'elle était de 10 jours en moyenne avec la technique traditionnelle.

Les patients retournent à domicile dans 85% des cas, sans passer par un centre de rééducation. L'indication de séjour en centre spécialisé est liée essentiellement à des problèmes que l'on pourrait qualifier de sociaux, mais en aucun cas à des problèmes d'autonomie potentielle.

La rééducation commence par deux séances pré-opératoire d'apprentissage des mouvements que devront exécuter les patients en post-opératoire. Cette démarche permet, par ailleurs, une meilleure information sur la technique utilisée.

Durant la période post-opératoire immédiate, la rééducation est essentiellement active, facilitée par la pose systématique d'un cathéter d'anesthésie du nerf crural pendant 24 heures. Ainsi, la douleur n'est pas un obstacle à la mobilisation active du genou opéré. Nous avons abandonné la rééducation passive par arthromoteur, au profit d'un travail actif.

Le lever intervient à J+1 (lendemain de l'opération), en appui complet associé à une mobilisation active en flexion.

La flexion articulaire est favorisée par le travail actif, le positionnement jambe tombante au bord du lit, la position assise. Il est souhaitable d'obtenir 80 à 90° de flexion dès le troisième jour.

Le séjour n'étant que de 6 jours, nous nous attachons à réapprendre tous les gestes indispensables à la vie domestique. Le patient doit être autonome dès sa sortie.

A la sortie, 15 séances de rééducation sont prescrites et un programme d'auto-rééducation est proposé au patient pour le responsabiliser dans sa démarche personnelle :

  •  verrouillage statique et dynamique du quadriceps,
  •  travail en position assise,
  •  flexion en position ventrale,
  •  retour à des activités ménagères,
  •  ou autres activités quotidiennes simples.

Les résultats

Il existe encore peu de publications, compte tenu du caractère récent de la méthode. Elles sont toutes d'origine nord-américaine.

De nombreux éléments très encourageants dans le post-opératoire immédiat peuvent être considérés comme acquis :

  •  diminution de la perte sanguine : 200 cc contre 400 à 500 cc dans la technique standard ;
  •  diminution de la douleur : 5 contre 8 ;
  •  récupération plus rapide de la mobilité articulaire : 90 à 110° à la sortie du patient ;
  •  réduction de la durée moyenne de séjour : 5 à 6 jours ;
  •  retour direct à domicile dans 85 % des cas.

Aucune complication cutanée liée à la méthode n'a été signifiée.

La technique n'a pas altéré le positionnement de la prothèse, qui reste comparable aux techniques standard.

Nous sommes très attachés à vérifier sur le long terme la fiabilité de ces résultats précoces et à comparer les diverses expériences, notamment européennes.

Nous utilisons cette technique mini invasive depuis 1 an et plus de 100 patients ont pu bénéficier de cette méthode.

 Dr Jean-Pierre Canciani - chirurgien orthopédiste



Les mêmes modèles de prothèses
sont utilisés dans les voies classiques et les voies mini-invasives


Exemple de voie classique :
le genou est largement exposé, au prix d'une incision large des muscles. La rotule est complètement luxée en dehors (à droite de la photo)

      LA VOIE MINI-INVASIVE    


Le trait d'incision,
en dedans de la rotule


Abord du site opératoire :
la rotule est tirée sur le côté, aucun muscle n'est coupé.


Mise en place du matériel de visée fémorale : Ce type de matériel permet un réglage très précis des découpes osseuses, condition du positionnement parfait de la prothèse


Avant la fermeture
La prothèse est visible dans le bas de l'incision

 
Exemple de radiographies post-opératoires
la pose d'un médaillon sur la rotule n'est pas systématique