Les semelles orthopédiques
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Appareillage podologique : les semelles orthopédiques

1. Les semelles répondent à quatre objectifs

  •  Décharger une zone soumise à des contraintes d'appui trop fortes (hyperappui),
  •  Soutenir le pied s'il a tendance à s'effondrer,
  •  Stabiliser le pied s'il a tendance se tordre,
  •  Amortir les contraintes dynamiques qui s'exercent à la marche ou à la course.

a) Décharger

Normalement, l'empreinte du pied est composée du talon (talon postérieur), de la zone des têtes métatarsiennes (talon antérieur) et de l'isthme qui réunit les deux et doit faire 1/3 de la largeur du pied.

Si la surface d'appui diminue, la pression d'appui augmente, ce qui provoque des douleurs et une production de corne plantaire : l'hyperkératose d'appui couramment appelée durillon.

Pour décharger un appui douloureux, il faut élargir la surface d'appui et la reporter vers une zone souple et indolore. Dans le cas de douleurs d'appui antérieur (métatarsalgies), on met une "barre rétrocapitale", ainsi appelée car elle se situe en arrière des têtes des os métatarsien (en latin, caput = la tête). Des logettes creusées dans la semelle ont généralement moins d'efficacité, sauf cas particulier.

Il ne suffit pas de mettre un coussinet de mousse en dessous. L'impression de confort obtenue n'est que très transitoire, car toutes les mousses se tassent sous les zones d'hyperappui. Parfois même, elles augmentent l'hyperpression !

b) Soutenir

Un élément de soutien de voûte est utilisé pour soutenir un pied ayant tendance à s'effondrer (pied plat) ou à se coucher en dedans (pied valgus). Il doit être en harmonie avec les possibilités de réduction de l'effondrement.

L'utilisation d'un coin supinateur postéro-interne, placé en dedans du talon, est décrite dans les livres. Nous y avons trouvé plus d'inconvénients que d'utilité. Il expose à faire glisser le talon vers l'extérieur de la chaussure ou à provoquer des douleurs (tendinite d'insertion plantaire). 

c) Stabiliser

L'inversion est le mouvement qui aboutit aux entorses de cheville. Le capotage du pied en inversion peut être provoqué une simple inattention sur un terrain inégal, mais aussi une pathologie favorisante comme le pied creux varus ou un déficit des muscles éverseurs (extenseur commun des orteils et péroniers latéraux).

Classiquement, un coin talonnier postéro-externe "pronateur" est sensé corriger le varus du talon. A l'expérience, ce dispositif est inefficace et même nuisible. Il est incapable de redresser le pied, car la ligne de charge passe trop près du centre d'appui du talon, voire à l'extérieur de celui-ci ; il n'y a donc pas de bras de levier correcteur. Par contre, ce coin externe offre une pente sur laquelle le talon glisse vers l'intérieur - effet toboggan -, ce qui peut aboutir à une déformation paradoxale de la chaussure en valgus sur un pied varus !

Un soutien antéroexterne éverseur à l'avant de la semelle est la seule manière efficace de stabiliser le pied +++

Si la chaussure est déjà déformée par les contraintes en varus, la semelle éversante ne pourra plus être efficace. La chaussure doit donc être en bon état. Dans certains cas, il faudra ajouter un élément supplémentaire, appelé parure externe, directement collé sous la semelle de la chaussure.

d) Amortir

Le pied subit des contraintes dynamiques (chocs, vibrations) lors de la marche, de la course et des sauts.

Un amortissement est normalement assuré par les articulations de l'arrière-pied, le tendon d'Achille, les muscles et tendons plantaires, le capiton plantaires. Leur défaillance ou le surmenage sportif peuvent aboutir à des douleurs, des tendinites, des fractures de fatigue...

Pour y remédier, on utilise des matériaux d'amortissement : plutôt que des mousses (qui s'écrasent rapidement), on utilise des matériaux viscoélastiques, qui transforment l'énergie mécanique en énergie thermique et évitent l'effet de rebond. Certaines talonnettes viscoélastiques prêtes à l'emploi sont vendues dans le commerce, mais il peut être préférable d'intégrer ces matériaux dans des orthèses assurant une correction des aplombs et une répartition des appuis du pied.

Attention ! L'utilisation de matériaux d'amortissement entraîne inévitablement une augmentation de l'épaisseur des semelles. Les chaussures doivent être prévues en conséquence.

2. Nous utilisons deux types de techniques

Les semelles classiques, en aggloméré de latex-liège sur base cuir. Elles sont peu encombrantes et conviennent pour des chaussures de ville. Le travail de l'aggloméré à la meule permet un ajustement très précis des éléments de décharge ou de correction. On les utilise beaucoup pour les problèmes de douleurs d'appui antérieur et pour les aponévrosites plantaires.

Les semelles en mousses thermoformées sous vide.

  •  A partir de l'empreinte du pied, on coule un moulage positif, qui est rectifié à la meule, pour bien marquer les éléments de correction et de soutien.
  •  Plusieurs couches de mousses, de différentes densités, sont moulées à chaud et sous vide sur le positif.
  •  L'ébauche ainsi obtenue est ensuite rectifiée à la meule.
  •  Ces orthèses thermoformées sous vide ont plusieurs avantages : elles offrent un large choix de matériaux, plus ou moins ferme ou souple, on peut inclure des matériaux visco-élastiques pour amortir les chocs, les éléments de correction peuvent être plus efficace, il n'y a pas de limite aux formes que l'on souhaite donner. La durée de vie est excellente, la semelle peut être retravaillée à tout moment. Elle est lavable à l'eau et au savon.
  •  L'inconvénient est l'épaisseur plus grande, qui limite le choix des chaussures : il y a peu de problème avec des chaussures de sport. C'est plus difficile avec les chaussures de ville et il faut parfois recourir à des chaussures orthopédiques.

Différents types de semelles


Semelle avec barre rétrocapitale
pour la décharge des têtes métarsiennes médianes


Soutien de voûte 
réalisé en aggloméré de latex-liège


Exemple de soutien de voûte trop fort
par rapport à la réductibilité du pied plat : l'avant-pied a perdu le contact avec le sol

  
Soutien antéroexterne placé sous la semelle.
Sur la semelle, on retrouve une barre rétrocapitale, mais pas de soutien de voûte.

Nouvelles illustrations en préparation

Mon enfant a les pieds qui tournent, faut-il lui mettre des semelles ?

Un bilan orthopédique complet, fait par un médecin, est nécessaire pour préciser les choses : pieds plats, anomalie de rotation des membres inférieurs, trouble neurologique sous-jacent. Il faut aussi en profiter pour faire le dépistage d'une anomalie rachidienne (scoliose, cyphose).

La marche avec les pieds et les genoux en dedans est normale chez le tout petit. Ceci est lié à la torsion physiologique du squelette, en particulier au niveau des hanches. Cette torsion va normalement se réduire spontanément au cours de la croissance. Certaines personnes conservent une rotation interne un peu exagérée. Ceci se voit même chez des actrices de cinéma et des mannequins célèbres ! De toute façon, aucun appareillage, aucune rééducation n'y feront rien et la chirurgie n'a que très rarement sa place dans ce genre de problème.

Les pieds plats sont également physiologiques chez les petits enfants. Ceci régressera généralement avec la croissance et la maturation locomotrice de l'enfant.

  •  Les semelles ne changeront en rien l'évolution des pieds plats.
  •  Certains adultes gardent des pieds plats. Ceci est souvent familial. Très peu en sont gênés, comme l'ont montré différentes études, notamment chez les militaires au Canada.
  •  Seuls les pieds plats s'accompagnant de douleurs, justifient un appareillage de soutien. Voir ostéochondroses.

Au total, les indications de semelles sont très limitées chez l'enfant, et doivent toujours trouver une justification précise.

Auteur : Dr Georges de Korvin