Protocole de traitement médical
renforcé des lombalgies et sciatiques aiguës.
Les infiltrations.1. Les infiltrations
épidurales
L'objectif des infiltrations
épidurales est de réduire l'inflammation locale, responsable
de la souffrance radiculaire (sciatique ou cruralgie). C'est, en effet,
cette inflammation qui est le responsable principal des douleurs. Les
infiltrations épidurales sont indiquées lorsque la souffrance
radiculaire a lieu dans le canal vertébral (hernie discale,
rétrécissement osseux ou par un épaississement des ligaments jaunes).
Technique : la
peau est d'abord traversée avec une aiguille de gros calibre (trocard),
que l'on enfonce peu profondément dans l'espace entre deux épineuses.
Puis, on utilise une aiguille longue et très fine, passée dans le
trocard qui sert de guide. L'aiguille fine est poussée jusqu'à l'espace
épidural, qui entoure le sac enveloppant les racines nerveuses. On
injecte alors un corticoïde soluble (hydrocortancyl), qui va se répandre
dans l'espace épidural, autour des racines nerveuses.
Les infiltrations peuvent
être réalisées au cabinet. Le patient est installé en
position assise au bord du divan d'examen et doit faire le dos rond,
pour bien faire apparaître la saillie des épineuses et ouvrir au maximum
l'espace entre celles-ci. L'espace épidural est repéré lors du
franchissement du ligament jaune, dont on sent la résistance à
l'aiguille. En même temps, on pousse sur le piston de la seringue pour
ressentir la résistance au passage du produit. Immédiatement après le
passage du ligament jaune, la pression diminue brutalement, ce qui
signifie que l'on se trouve dans l'espace épidural. Il faut alors
s'arrêter d'avancer l'aiguille et injecter le produit. Si l'on avance
davantage l'aiguille, on perfore la dure-mère et l'injection se fera
directement dans le sac dure-mérien, ce qui n'est pas recommandé. Pour
s'assurer que l'on n'est pas allé trop loin, on aspire avec le piston de
la seringue. Normalement, rien ne vient. Si du liquide céphalo-rachidien
est aspiré, il faut retirer l'aiguille de quelques millimètres.
Les infiltrations peuvent se
faire sous guidage radiologique. Dans ce cas, le geste est
fait par un radiologue entraîné. Le patient est allongé sur le côté et
la position de l'aiguille est contrôlée par radioscopie. Un peu de
produit de contraste est injecté, ce qui prouve que l'on est bien dans
l'espace épidural.
En pratique, nous faisons une
première infiltration au cabinet, à la livraison du corset
dans les situations très aiguës ou une semaine après, si cela est encore
nécessaire. Une deuxième infiltration est programmée sous contrôle
radiologique, le délai de rendez-vous étant d'environ une semaine. La
réalisation d'une troisième infiltration n'est pas systématique et
dépend de l'évolution observée.
Dans notre expérience (plus d'une
centaine d'infiltrations par an), les risques d'une infiltration sont
faibles :
- Une infection
est théoriquement possible, mais toutes les précautions sont prises
pour l'éviter : matériel à usage unique, désinfection à la Bétadine,
port d'un masque et de gants stériles.
- Injection dans le
sac dural : des complications neurologiques (phlébite
cérébrale) ont été rapportées dans la littérature, mais ceci demeure
exceptionnel. C'est néanmoins la raison pour laquelle nous
recommandons de rester debout ou assis après l'infiltration, pour
limiter la migration des corticoïdes vers le cerveau.
- Fuite du liquide
céphalo-rachidien à la suite d'une brèche durale (piqûre
dans le sac dural). Cette fuite provoque des maux de têtes qui
disparaissent en position allongée. Néanmoins, l'utilisation
d'aiguilles fines, l'orientation du biseau dans le sens vertical
(sens des fibres du fourreau dural) et la consigne de rester debout
et de bouger normalement après l'infiltration, ont rendu
exceptionnels ces incidents de "syndrome post-PL".
- La compression des
racines par un hématome est une complication décrite,
mais exceptionnelle. Néanmoins la prudence s'impose chez les
patients soumis à un traitement anti-coagulant ou anti-agrégant. Les
décisions sont prises au cas par cas, en concertation avec le
médecin qui a institué le traitement. Les maladies de la coagulation
doivent également être signalées.
-
le
malaise vagal : quelques patients, souvent robustes et
musclés, font un
malaise, qui disparaît après allongement, en quelques minutes. Par précaution, nous demandons aux patients d'être
accompagnés pour le retour à domicile.
2. Les infiltrations périradiculaires
Les infiltrations
péri-radiculaires sont indiquées lorsque le scanner ou l'IRM montre une
compression de la racine nerveuse dans le trou de conjugaison
ou à sa sortie. L'imagerie est donc nécessaire pour décider de
l'indication et du point exact à infiltrer.
Ces infiltrations sont
réalisées de préférence sous contrôle radioscopique ou scanographique.
Une infiltration paravertébrale à l'aveugle peut être réalisée au
cabinet, en regard d'un point douloureux à la palpation, mais ce geste,
s'il n'est pas dangereux, reste d'une efficacité aléatoire.
Ces infiltrations apportent deux
types d'informations complémentaires :
- Lors de
l'infiltration, l'injection de produit augmente la
pression autour de la racine. Si cela reproduit le trajet douloureux
habituel, on a une confirmation de l'origine de la sciatique.
- De même, après
l'infiltration, si la sciatique est bien soulagée, en
général dans les 24 à 48 heures qui suivent.
Il y a très peu de risque à
faire ce type de geste. Le principal est de piquer dans la
racine, ce qui déclenche une douleur électrique en éclair, à signaler
immédiatement au médecin, pour éviter d'injecter le produit dans la
racine. En général, la douleur disparaît en quelques heures ou quelques
jours.
3. Les infiltrations articulaires postérieures
Les articulations
inter-apophysaires postérieures font le joint entre les arcs
postérieurs des vertèbres. Elles forment une sorte d'engrenage qui guide
le mouvement des vertèbres. Elles peuvent être le siège d'une arthrose
qui s'accompagne d'un pincement du cartilage et d'une hypertrophie des
massifs articulaires. Cette arthrose donne des
douleurs lombaires, évocatrices si elles sont majorées par
l'extension ou reproduite à la palpation de part et d'autre de la
colonne.
Les racines nerveuses sortant
des trous de conjugaison donnent une petite branche
postérieure qui contourne de près les massifs articulaires et vont
innerver la peau du bas du dos et des fesses. Certaines branches vont
jusqu'à l'aine, d'autres jusqu'en haut des cuisses. Ces racines peuvent
être irritées au contact du massif articulaire postérieur et donner des
plaquards et des nodules douloureux à distance (la douleur est
reproduite au pincer-rouler). Le trajet douloureux peut simuler une
sciatique : pseudo-sciatique.
Les infiltrations
articulaires postérieures peuvent être réalisées au cabinet
(sans guidage) ou mieux, sous contrôle radiologique. Dans ce cas, le
radiologue fait également un test à la xylocaïne (anesthésique local),
pour voir si le point injecté est bien à l'origine de la douleur. Pour
augmenter les chances de soulager le patient, nous demandons
systématiquement d'infiltrer au moins deux articulations dans la même
séance.
Le soulagement obtenu peut se
maintenir durablement ou s'effacer dans un délai variable. On
peut répéter le geste trois fois, à quelques semaines d'intervalle. Si
le test est positif à chaque fois, mais son efficacité ne dure pas, on
peut proposer une électrocoagulation des facettes articulaires, dans le
but de provoquer une dénervation de celles-ci.
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Définitions
Nouvelles
illustrations en préparation
Les infiltrations vont-elles
me faire mal ?
Si quelques patients gardent un mauvais souvenir de
leur infiltration et en parlent beaucoup, la plupart sont étonnés de ne pas
ressentir grand chose pendant le geste.
- Le
passage de la peau est le moment le plus désagréable, mais il ne
dure qu'une fraction de seconde.
- L'enfoncement
de l'aiguille ne provoque pas de douleur si l'espace entre les
épineuses est bien ouvert. Plus le patient est détendu, plus c'est
facile.
- L'injection
du produit peut réveiller un peu de douleur sur le trajet du
nerf sciatique. C'est dû à l'augmentation de pression dans le canal
vertébral et cela prouve que l'on est au bon endroit.
- Si
le patient ressent un éclair électrique, c'est que l'on a piqué
dans une racine. Il faut le signaler immédiatement, pour retirer un
peu l'aiguille et éviter d'injecter le produit dans la racine.
Nous n'utilisons
pas de produit anesthésique. L'anesthésie ne peut être que superficielle
et c'est de peu d'utilité. Le gonflement provoqué par le produit
anesthésique gène la palpation des épineuses et la précision du
repérage. En outre, les anesthésique locaux peuvent provoquer un choc
allergique. C'est rare, mais très grave et difficile à traiter si l'on
n'a pas une équipe autour de soi.
Le traitement des céphalées post-PL
Les céphalées
liées à une fuite du liquide céphalo-rachidien à la suite d'une
perforation du sac dural par l'aiguille sont devenues très rares, grâce
aux précautions prises : aiguille fine, biseau orienté verticalement,
précision du geste, consigne de se mobiliser après le geste (de ce fait
les plans tissulaires se décalent et bouchent l'orifice éventuel).
Les céphalées
post-Pl sont caractérisées par des maux de tête qui disparaissent en
position couchée et réapparaissent en se relevant. Bien sûr, il ne doit
pas y avoir de fièvre. Le traitement relève de mesures très simples :
- Alitement, en surélevant les pieds du lit de 10 cm,
- Apport hydrique abondant, 2 à 3 litres par jour,
- Prescription de paracétamol avec caféine,
Si les douleurs
restent importantes, le patient est brièvement hospitalisé. Un
examen médical va éliminer d'autres complications plus graves, mais fort
heureusement exceptionnelles (méningite, phlébite cérébrale). Le
traitement des complété :
- Perfusions
de sérum physiologique, de caféïne et d'antalgiques.
- Blood
patch : ceci consiste à prélever
un peu de sang veineux du patient et à le réinjecter en épidural. Ce
geste, réalisé par un anesthésiste entraîné, ferme la brèche et les
maux de tête disparaissent dans les heures qui suivent.
On m'a dit que les corticoïdes n'étaient
pas bons pour la santé
La mauvaise
réputation des corticoïde date des années soixante, époque où ils
étaient utilisés de manière abusive, en l'absence d'autres traitements
efficaces. Actuellement, les médecins connaissent parfaitement les
inconvénients des corticoïdes et des règles précises permettent de les
éviter.
- Augmentation
du risque infectieux : une aseptie rigoureuse doit être
respectée. Chez les patients diabétiques, les indications sont
posées avec parcimonie et l'on évite de faire l'infiltration
directement au cabinet.
- Destruction
du cartilage articulaire : un effet destructeur direct n'est pas
prouvé. Bien sûr, il faut éviter de surmener une articulation qui
vient d'être infiltrée. Toute infiltration doit être suivie d'une
période de repos relatif d'un mois.
- Effets
généraux, liés au passage sanguin du produit : augmentation de
la tension artérielle, décompensation d'un diabète, insuffisance
surrénalienne secondaire, etc. Ces risques existent mais sont
limités par la règle de ne pas faire plus de trois infiltrations à
suivre. Cette règle doit être adaptée si le patient vient d'avoir
également des corticoïdes par voie générale.
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