Protocole de traitement médical
renforcé des lombalgies et sciatiques aiguës
Le traitement orthopédique par corset rigide.
1. Comment agit un corset rigide ?
Le principe de base est d'immobiliser
la colonne lombaire, pour favoriser la diminution de l'oedème et une
cicatrisation des lésions des parties molles. On sait que
cette immobilisation n'est que partielle, en particulier dans le sens de
la flexion-extension. Néanmoins, elle apparaît suffisante, avec un
corset rigide, pour limiter les contraintes agressives sur le disque et
les ligaments. Un corset rigide bloque également les mouvements de
torsion, particulièrement néfastes pour le disque. C'est notamment utile
pour les patients dont le poste de travail favorise de telles rotations
et pour ceux qui sont réveillés par les douleurs lorsqu'ils se tournent
dans leur lit.
Les mouvements
respiratoires abdominaux font varier la pression dans
l'abdomen enfermé dans une enveloppe inextensible. Ceci est ressenti
agréablement par le patient douloureux et contribue probablement à
lutter contre la stase veineuse, qui l'un des facteurs de l'oedème
local et de la douleur.
La tenue serrée du
tronc favorise une levée des contractures. Il est
important de s'assurer que la région lombaire est toujours bien
appuyée dans le corset. Au bout d'une à trois semaines, la mobilité
du rachis est en général améliorée, ce que l'on mesure par la
distance doigt-sol et l'indice de Schöber.
2. Comment doit être le corset ?
La forme
et la découpe du corset répond à des règles précises,
pour assurer le maximum de prise entre le bassin et la
base du thorax.
- En avant,
le corset va de la région pubienne à la région xyphoïdienne
(la pointe inférieure du sternum). Il enveloppe la partie basse du
thorax sous les seins et oblige le patient à se redresser. La
découpe inférieure permet au patient de s'asseoir, les cuisses à
90°.
- En arrière,
la découpe supérieure passe sous la pointe des omoplates, la découpe
inférieure permet de s'asseoir. En position assise, on laisse
travers de doigt entre le siège et le bord inférieur du corset, pour
ne pas pincer les fesses.
- Le corset est
stabilisé par un pince-taille, qui doit être
soigneusement moulé.
- Il doit être bien
appliqué au niveau lombaire et bien serré au niveau
abdominal.
Les attitudes
antalgiques sont respectées +++ Une correction forcée
rend le corset vite insupportable.
- Il est souvent nécessaire de
rappliquer le
corset au bout d'une semaine, lorsque le patient a trouvé une
position plus redressée.
- Si la déformation antalgique est importante,
le corset est moulé en l'état et sera refait une semaine après,
lorsque les contractures auront été levées, permettant une
position plus redressée.
Le corset peut être réalisé avec
différents matériaux :
- Le plâtre ou les
bandes en résine permettent de réaliser un corset
directement sur le corps du patient. Il faut un bon tour de main
pour éviter de faire des plis qui peuvent blesser la peau. D'autre
part, l'expérience montre que, même en serrant bien les bandes au
départ, le corset paraît lâche au bout de quelques jours. La mise en
compression des gaz abdominaux pourrait en être l'explication.
D'autre part, ces corsets ne peuvent être enlevés, ce qui est gênant
pour l'hygiène, et sont peu pratiques en conditions d'exercice
professionnel.
- Les corsets en
polyéthylène sont réalisés en atelier spécialisé, d'après
un moulage pris sur le patient. Cette technique permet de faire un
appareillage bien ajusté et amovible, ce qui est utile pour se
laver, changer de vêtements ou faire des gestes complémentaires,
comme des infiltrations. Cela permet également de moduler le port du
corset.
- Les corsets sur
mesure en coutil renforcé : moins contraignants que les
corsets en plastique, plus rigides que les ceintures du commerce,
ils sont indiqués dans trois cas de figure :
- chez les personnes trop obèses pour permettre une
adaptation correcte d'un corset en plastique.
- chez les personnes âgées, dont la peau fragile
supporte mal la pression d'un matériau rigide.
- chez les personnes en fin de parcours douloureux
et s'apprêtant à reprendre un travail à risque (chauffeur routier,
infirmier, etc.).
3. Les règles de port du corset
Durée : le port du
corset est généralement prévu pour 6 semaines. Durant les quinze
premiers jours, le corset est porté nuit et jour. Toutefois, si le
corset gène le sommeil, nous conseillons de l'enlever.
Suivi :
des consultations de contrôle sont programmées pour suivre l'évolution
clinique, adapter le traitement et réajuster le corset.
- Contrôle à une semaine
dans les lombosciatiques aiguës, où l'on rediscutera d'une infiltration,
si celle-ci n'a pas été réalisée immédiatement.
- Contrôle à 3 semaines
ou plus tard dans les cas moins aigus : on discutera de la
reprise progressive d'activités physiques.
Les inconvénients possibles :
- La sensation de compression abdominale
surprend souvent au départ, mais on s'y habitue d'autant mieux
qu'elle s'associe au soulagement obtenu. L'existence d'une hernie
hiatale est rarement une contre-indication au port du corset. Bien
sûr, il faut éviter les féculents et les boissons gazeuses.
- Le pince-taille
peut donner des rougeurs. Il faut 2 ou 3 jours pour s'y habituer.
- Les appuis sur une
saillie osseuse ou un point douloureux doivent rapidement
être corrigés par une retouche du corset.
- La gène à la
station assise peut être liée à une découpe un peu trop
basse. Ceci peut être corrigé. Il faut, par contre, être plus
circonspect avant de recouper le corset à sa partie supérieure. Il
faut se rappeler que le port d'un corset impose une attitude bien
redressée et que ceci implique une participation active.
- Bien sûr, le port
du corset limite les possibilités de se pencher en avant :
il faut apprendre à plier les genoux pour ramasser les objets au
sol, à s'asseoir pour mettre ses chaussures. Mais, en pratique, peu
d'activités sont réellement impossibles.
Faut-il se mettre en arrêt de
travail à cause du port du corset ?
Certainement
pas de manière systématique. La mise en arrêt de travail
est décidée en fonction du caractère invalidant de la douleur, pas en
raison du port du corset. Au contraire, le traitement orthopédique est
fait pour permettre de réduire la consommation médicamenteuse et
favoriser une reprise aussi rapide que possible des activités
professionnelles. Nous avons vu des patients poursuivre des activités
contraignantes (commerciaux, agriculteurs, professionnels de santé)
grâce au port de leur corset.
Au bout de 4 à 6 semaines :
- S'il reste une
sciatique marquée, l'indication chirurgicale est
envisagée, en fonction des données de l'imagerie.
- S'il reste des
douleurs lombaires importantes dès l'ablation du corset,
il peut s'agir d'une discopathie érosive avec, parfois, des
images d'oedème des plateaux vertébraux à l'IRM. Dans ce type de
situation, si le port du corset apporte un soulagement, il ne faut
pas hésiter à le prolonger, en sachant que les douleurs risquent de
durer plusieurs mois.
- Heureusement, la
majorité des patients sont bien soulagés et l'on peut
espérer que cela sera durable. Il peut persister quelques douleurs
résiduelles, qui doivent être bien identifiées :
- des sensations désagréables sur le trajet
du nerf sciatique (par exemple, un point sensible au niveau
du mollet) : c'est ce que l'on appelle la "queue de sciatique".
Ceci n'est pas une raison suffisante pour recourir à la
chirurgie.
- des douleurs plus haut situées,
au niveau de la jonction dorso-lombaire ou entre les omoplates :
ceci est lié à un blocage bénin des vertèbres, favorisé par le
port prolongé du corset, et se traite facilement par les
manipulations vertébrales (en veillant à ne pas intervenir sur
la région lombaire inférieure).
Que faire ensuite ?
- Les activités
physiques sont reprises progressivement. Les mieux
tolérées au début sont la natation (toutes nages) et le vélo. Il
vaut mieux éviter au début la course à pied et les activités
imposant des rotations brutales du tronc : football, tennis, golf,
etc.
- Les activités
professionnelles : si elles ont dû être interrompues, il
faut les reprendre en s'aidant, si nécessaire du port du corset.
Ceci sécurise le patient dans les activités à risque et permet de
prendre conscience des attitudes et des gestes utiles pour limiter
les contraintes sur le rachis lombaire.
- La rééducation :
elle est utile pour apprendre les gestes de prévention
rachidienne et pour faire un travail de reconditionnement
fonctionnel actif : musculation des EXTENSEURS du tronc et
étirements (avec prudence).
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Nouvelles
illustrations en préparation
Le corset provoque-t-il une atrophie musculaire ? Non !
- En
période aiguë, lorsque le dos est bloqué, les muscles contracturés,
il n'y a aucune possibilité de faire travailler utilement les
muscles et l'urgence est de soulager la douleur et de lever les
contractures.
- Lorsque
les contractures ont régressé, le corset continue de jouer un rôle
utile en imposant une position redressée de l'ensemble du tronc.
Cette posture nécessite une participation active du patient et les
muscles posturaux sont conduits à travailler dans la position où ils
sont le plus efficace. Il s'agit essentiellement des muscles
extenseurs lombaires. Les muscles abdominaux jouent peu de rôle
postural et sont peu affectés par le traitement par corset.
- Bien
sûr, à distance de la phase aiguë justifiant le traitement
orthopédique, une démarche fonctionnelle active sera progressivement
engagée, en veillant à ne pas reproduire les conditions
d'une récidive.
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