Médecine manuelle et
ostéopathie
- La
manipulation vise à lever le blocage mécanique d'un segment
articulaire par un mouvement forcé à la limite de l'amplitude physiologique.
Cette manœuvre ne doit cependant être ni brutale ni douloureuse.
- Pour cela, le patient doit être
parfaitement détendu : ceci s'obtient par des manoeuvres
préparatoires, qui parfois, suffisent en elles-mêmes : massage,
exercices de contracter-relâcher.
- La
manipulation ne doit jamais s'opérer en force : si le
patient résiste, en raison d'une appréhension ou d'une douleur,
il ne faut pas insister mais passer à une autre technique ou
reconsidérer le diagnostic et la stratégie de traitement +++
- La
manipulation provoque généralement un craquement : ce
n'est pas une "vertèbre démise" qui se remet en place, mais le
bruit provoqué par un phénomène de vide articulaire, qui précède
la libération d'une mobilité normale. Ce bruit ne doit pas
inquiéter. Il peut aussi se produire lorsque l'on s'étire soit
même.
- Si le
craquement ne se produit pas, il n'y a pas lieu d'insister.
Une manipulation peut être efficace, même sans craquement
- Un diagnostic médical des douleurs
doit précéder toute manipulation.
- Ceci nécessite un interrogatoire et examen clinique précis, parfois des
examens complémentaires qui servent essentiellement à éliminer formellement
une contre-indication à la manipulation.
- Lors de l'examen, le médecin teste la mobilité
de la colonne vertébrale et
note les directions où celle-ci est limitée ou douloureuse. Pour qu'une manipulation vertébrale soit réalisable, il faut que deux mouvements au
moins (par exemple, flexion et inclinaison gauche), soient indolores et non limités.
La
manipulation est toujours réalisée dans le sens non douloureux, jamais à l'encontre de
la douleur.
- Avant la manipulation proprement dite, le patient est mis en
"position de manipulation" et le segment à manipuler est mis en tension.
Si
cette phase est douloureuse, le geste manipulatif est annulé
et le médecin proposera un autre mode de traitement.
2. Les bonnes indications des
manipulations
De manière générale,
un blocage douloureux partiel après un effort ou un faux mouvement.
Il ne faut pas que
le blocage soit complet, dans toutes les directions. La manipulation est
parfois
réalisable immédiatement, avant que ne s'installe une contracture qui
"verrouillera" le blocage. Mais ensuite, il faudra patienter avec un traitement
médicamenteux classique,un collier cervical ou une ceinture lombaire. Au bout de quelques
jours, lorsque la contracture a régressé, il redevient possible d'effectuer une
manipulation pour libérer un blocage résiduel.
- Les douleurs cervicales
peuvent s'accompagner :
- de maux de tête, à l'arrière, parfois près des orbites oculaires :
c'est la "névralgie d'Arnold" qui peut simuler une migraine.
- de douleurs projetées au dessus des omoplates : c'est le syndrome de
l'angulaire de l'omoplate en relation avec un blocage C4-C5.
- Les douleurs dorsales
sont souvent interscapulaires (entre les
omoplates), fréquentes chez les personnes longtemps assises et qui font peu
de sport.
- Les blocages costo vertébraux
apparaissent volontiers après une
bronchite ou un alitement. Ils donnent une douleur postérieure, plus ou
moins latéralisée, ressemblant à une névralgie intercostale. Parfois la
douleur est vive, bloquant la respiration. Elle peut simuler un pneumothorax
ou une douleur cardiaque (angine de poitrine). L'examen du coeur et des
poumons est normal. Le médecin recherche à la palpation trois points
douloureux (en avant, latéralement et en arrière), qui sont
caractéristiques de ce type de blocage. L'effet de la manipulation est
souvent spectaculaire.
- Les blocages à la jonction dorsolombaire.
Situés au milieu du
dos, ils sont fréquents après un faux mouvement, mais aussi après une
station assise prolongée ou après le port prolongé d'un corset. Ces
blocages s'accompagnent souvent de douleurs projetées plus bas : au niveau
des crêtes iliaques, du haut des fesses, parfois des trochanters.
- Les douleurs lombaires basses ne sont accessibles aux manipulations
que dans certains cas. Il faut éliminer une souffrance du disque
intervertébral qui pourrait être aggravée par la manipulation et se
compliquer de sciatique et de hernie discale.
- Les douleurs sacroiliaques et les coccygodynies posent toujours des
problèmes délicats de diagnostic et de traitement. La manipulation ne peut
avoir d'effet que si un dérangement mécanique précis a pu être bien
identifié.
- Les manipulations
par toucher rectal sont d'indication exceptionnelle. Elles ne visent
pas tant à "redresser" le coccyx qu'à détendre les muscles internes qui
peuvent être contracturés. Seul un médecin est autorisé à pratiquer ce genre
de geste.
- Il n'y a aucune
place pour des manipulations par toucher vaginal ! Une telle pratique
relève de l'abus sexuel sur personne en situation vulnérable.
3. Les risques des manipulations
vertébrales
Si elles sont réalisées à bon escient après un diagnostic médical,
avec une
technique correcte, les manipulations présentent peu de risques. Le médecin doit
refuser de pratiquer une manipulation s'il juge que l'indication est mauvaise ou
dangereuse.
- Les accidents décrits sont les
suivants
- Les fractures osseuses sont généralement le fait de manipulations sur des vertèbres
pathologiques : ostéoporose, métastase...
- Les complications neurologiques au niveau lombaire : sciatique, cruralgie, qui peuvent
parfois se compliquer de paralysie.
- Les complications neurologiques au niveau cervical :
il peut s'agir d'une névralgie
cervico brachiale par compression directe d'un nerf à destination du bras ;
exceptionnellement, de complications plus graves par lésion vasculaire (artère
vertébrale) qui peuvent donner des paralysies graves.
- Les contre-indications sont donc les
suivantes :
- Patient très âgé
ou souffrant de déminéralisation osseuse
(ostéoporose).
- Douleur suspecte, à caractère permanent et surtout nocturne, qui
impose un bilan complet avec radiographies et biologie (recherche
d'infection, de métastase...)
- Blocage vertébral complet avec raideur et douleur dans toutes les
directions.
- Névralgies radiculaires associées : sciatique, cruralgie, névralgie
cervico brachiales.
- Les douleurs traumatiques récentes,
qui font évoquer
une fracture ou une entorse. Si les radios standard sont normales, il faut
faire des clichés dynamiques en flexion-extension pour rechercher une
instabilité dangereuse pour la moelle épinière !
4.
Combien de séances sont nécessaires ?
- Dans les formes
simples, une seule séance de manipulations suffit à lever
un ou plusieurs blocages vertébraux.
- Si les douleurs
restent intenses, il vaut mieux reconsidérer le
diagnostic et le traitement.
- Si le patient a
été soulagé, mais que la douleur récidive rapidement, il
convient de s'interroger sur les causes qui
favorisent le blocage : fatigue, mauvaises attitudes
posturales, problèmes broncho-pulmonaires (tabagisme), manque
d'activités sportives. Il faut alors proposer une démarche destinée
à remédier à cette situation : rééducation active, psychothérapie,
reprise d'activités sportives, réorganisation de la vie
professionnelle...
-
En
aucun cas, il n'y a lieu de proposer des manipulations en série.
5. Après
la séance de manipulations
- La reprise d'activités
physiques doit être encouragée.
Il n'y a aucune raison de recommander le
repos et l'immobilité. Faire de la gymnastique, du vélo, de la
natation (toutes nages), de la randonnée...
- Faire des
auto-mobilisations et des étirements, toujours dans le
sens indolore, sans avoir peur de provoquer des craquements.
- Améliorer le contrôle
postural, souvent défectueux du fait de la fatigue, des
activités sédentaires prolongées. Une mauvaise posture favorise les
blocages articulaires et les contractures musculaires, responsables
de douleurs (cercle vicieux) :
- Combattre la tendance à se tenir voûté,
les épaules enroulées, la tête en avant... Faire des exercices
de renforcement des muscles dorso-scapulaires.
- Veiller au bon redressement lombaire,
surtout en position assise (au bureau, en voiture)
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Plan

Qu'est-ce que la médecine manuelle ?
La médecine manuelle consiste à traiter par des
massages, des manœuvres décontracturantes et des manipulations, les douleurs mécaniques dues à des contractures
musculaires ou des blocages articulaires, au niveau de la colonne vertébrale et des
membres.
Seuls les médecins sont légalement autorisés à pratiquer les
manipulations. La médecine manuelle - ostéopathie fait l'objet d'un
enseignement universitaire dans plusieurs facultés de médecine (Paris, Rennes,
Strasbourg, Marseille, etc.) et d'une qualification reconnue par l'Ordre national des
médecins. Pour le patient, c'est une garantie de qualité et de sécurité.
Et l'ostéopathie ?
La médecine manuelle
et l'ostéopathie ont un domaine d'action commun, qui est le
traitement de douleurs ostéo-articulaires d'origine mécanique,
confirmées comme bénignes après un diagnostic médical. Ces applications
ont été validées par des travaux scientifiques et figurent dans les
recommandations de la Haute Autorité en Santé.
L'ostéopathie couvre
également des pratiques beaucoup plus contestables, reposant sur des
conceptions fantaisistes de la physiologie et de la pathologie. Le
danger pour le patient crédule ne vient pas tant des techniques
utilisées que de confier sa personne à quelqu'un n'ayant pas la
compétence pour poser un diagnostic médical.
Rappelons aussi que
le terme "ostéopathe" veut dire en grec "malade des os". Celui qui
traite les os devrait se dire "ostéothérapeute" !
Les indications douteuses
et celles à éviter
Chez l'adulte
- Les
manipulations des os du crâne : les os du crâne sont soudés.
Prétendre les manipuler est une vue de l'esprit...
- Les
manipulations cervicales : compte tenu du risque de complication
grave (mort subite, tétraplégie, accident vasculaire), seul un
médecin est habilité à les faire.
- Les
lombosciatiques : même beaucoup se targuent d'un soulagement
spectaculaire, celui-ci n'est souvent que transitoire et le risque
d'une complication n'est pas négligeable : aggravation d'une hernie
discale, sciatique paralysante, syndrome de la queue de cheval avec
perte de la continence urinaire.
- Les
sacro-iliaques : beaucoup de douleurs vertébrales se projettent
dans la fesse. Les vraies douleurs sacro-iliaques sont relativement
rares et dans ce cas, il est bon d'éliminer un rhumatisme
inflammatoire axial (la spondylarthrite ankylosante) dont le
pronostic n'a rien à voir avec un simple blocage mécanique
Chez l'enfant
- L'asymétrie
du crâne de certains nourrissons peut être d'origine simplement
posturale. Un bilan médical spécialisé est néanmoins nécessaire pour
éliminer une cause plus grave comme un torticoli congénital ou
une tumeur. Mais en aucun cas, les manipulations crâniennes ne
représentent une thérapeutique recommandable.
- Les
déformations des pieds et des genoux, qu'elles soient bénignes
ou sévères, ne relèvent en aucun cas de traitements ostéopathiques,
pas plus que les scolioses et les cyphoses, détaillées dans
un autres chapitre.
- Les
douleurs de la colonne vertébrale imposent toujours un bilan
médical, pour ne pas laisser passer une maladie des zones de
croissance (ostéochondrite), un spondylolisthésis (rupture des
isthmes vertébraux) ou, plus rarement, une infection ou une tumeur.
Chez la personne âgée
- L'ostéoporose
et un possible tassement vertébral doivent toujours être
à l'esprit.
- La
possibilité d'une métastase osseuse doit systématiquement
être écartée, surtout si le ou la patient(e) a des antécédents
connus de cancer.
Les "vertèbres démises"
La notion de vertèbre démise
ne correspond à rien de réel, comme l'ont montré des études
radio-cinématographique faites dès les années 1970.
Il vaut mieux parler d'un
blocage, qui se produit au niveau des articulations
inter-vertébrales postérieures. Ces articulations servent de guide aux
mouvements de la colonne, alors que les disques situés entre les corps
vertébraux servent d'amortisseurs et de pivots.
Les articulations
périphériques peuvent également donner lieu à des blocages,
en particulier au niveau des épaules (acromio-claviculaire), des coudes
(pronation douloureuse), des genoux (péronéo-tibiale supérieure),
parfois des chevilles et des pieds. |