La clinique
La dystrophie rachidienne de croissance peut être
silencieuse et ses conséquences sont très variables. Néanmoins, chez un
adolescent en poussée de croissance, entre 12 et 14 ans, il faut être
attentif à deux types de symptômes :
Les douleurs
- Souvent dorsales,
parfois lombaires ou situées à la jonction dorsolombaire,
- Elles ont un rythme
mécanique, après le sport ou la journée de collège.
Elles ont d'autant plus de valeur qu'elles se reproduisent
régulièrement.
- La douleur est reproduite à
la percussion des épineuses des vertèbres concernées par
la dystrophie.
- Parfois, on note des
antécédents d'ostéochondrose, surtout au genoux ou au
talons, témoignant de la fragilité constitutionnelle des cartilages
de croissance ou d'activités sportives excessives.
La cyphose
- C'est le dos rond, avec
différentes formes, selon la localisation dominante de la dystrophie
:
- cyphose dorsale haute ou
cervicodorsale,
accompagnée d'un enroulement des épaules et d'une
projection de la tête en avant.
- cyphose dorsale
basse ou dorsolombaire, qui peut ne pas être évidente
en station debout. L'attention doit être attirée par l'existence
d'un pli rouge horizontal sur l'abdomen.
- L'enraidissement de la
cyphose est déjà un signe de gravité. Au contraire, une
attitude cyphotique bien réductible par le redressement actif
témoigne
- soit d'une simple
attitude asthénique fréquente chez
l'adolescent,
- soit d'une forme
débutante de dystrophie qui sera authentifiée par les
autres paramètres cliniques et radiologiques.
- Les
antécédents familiaux de dos rond sont un élément
d'alerte.
-
Beaucoup
de cyphoses sont vues trop tard, vers 15-16 ans, alors que
la cyphose est raide, les vertèbres déjà déformées, sans espoir
de redressement durable par les moyens orthopédiques.
Radiologie
Les anomalies morphologiques
- Les signes caractéristiques
de la dystrophie rachidienne de croissance : irrégularité
des plateaux vertébraux, hernies intraspongieuses (le disque a
enfoncé par endroit le plateau vertébral), anomalie des noyaux
d'ossification des coins antérieurs des vertèbres.
- A un stade plus avancé, les
vertèbres prennent un aspect en coin, au lieu de garder
des bords parallèles. La cyphose devient "structurale" et
beaucoup moins réductible.
- Les disques intervertébraux
peuvent être un peu pincés.
- Le plus souvent, la
dystrophie de croissance touche plusieurs vertèbres contiguës.
Mais il existe des formes localisées à un étage discal, qui peuvent
faire discuter une atteinte infectieuse (spondylodiscite).
Les anomalies statiques
- Cyphose dorsale.
Les valeurs normales de la courbure dorsale mesurées entre T4 et T12
sont de 37° +- 9°. Au dessus de 50°, la cyphose devient franchement
pathologique. Mais ces chiffres ne résument pas tout.
- Il faut aussi prendre en compte
les formes particulières :
- Cyphose cervico-dorsale haute,
- Cyphose à grand rayon de courbure dorsolombaire,
avec lordose lombaire très courte,
- Cyphose jonctionnelle entre un dos plat et la
lordose lombaire.
- Ces dysharmonies de courbure
limitent les capacité d'amortissement de la colonne et concentrent
les contraintes sur certains segments qui peuvent devenir
douloureux et se détériorer.
Enfin, il faut aussi rechercher
d'autres anomalies : malformation vertébrale,
spondylolisthésis, aspect des articulations sacroiliaques...
En cas de doute, le bilan
biologique confirme l'absence de syndrome inflammatoire ou infectieux.
Des troubles mineurs du métabolisme phospho-calcique ont été
mentionnés dans la littérature, mais ceci a peu de conséquence en
pratique. De toute façon, il faut encourager les jeunes a boire et manger
des laitages pour constituer un bon capital calcique. |

Cyphose dorsale
importante de découverte tardive
A ce stade, il n'y a plus de potentiel de croissance
permettant d'obtenir un redressement durable par un traitement
orthopédique.

Attitude cyphotique en station assise

Plis abdominaux horizontaux
témoignant d'une attitude cyphotique chronique
Le bilan radiologique de départ comporte :
-
Des téléradiographies de
face et de profil debout, dans la position du skieur tenant ses
bâtons, et non les bras en l'air, ce qui fausse les
mesures.
-
Si nécessaire, des clichés
centrés sur la zone douloureuse pour bien visualiser les
contours des vertèbres, si les images des télégraphies ne
paraissent pas assez précises pour porter un diagnostic formel.
-
Ces clichés doivent
permettre de juger de la maturation osseuse par le test de
Risser (ossification des crêtes iliaques). Au besoin, un cliché
centré sur les crêtes iliaques peut être demandé.
-
Les clichés en position
d'hypercorrection, couché sur billot, ont surtout un
intérêt dans le cadre d'une discussion chirurgicale, pour
préciser la réductibilité d'une cyphose déjà sévère.

Téléradiographie de profil
montrant une cyphose dorsale

Dystrophie rachidienne de
croissance localisée à la jonction thoraco-lombaire,
Pincement de l'espace intervertébral T12L1 et
anomalie des coins antérieurs des vertèbres. Les contours vertébraux
restent cependant bien nets, ce qui va à l'encontre d'une cause
infectieuse. Le bilan biologique était normal.
|
Le diagnostic différentiel
- L'attitude asthénique de
l'adolescent : c'est l'image classique de "l'ado qui
se tient mal" et énerve les parents... S'il n'y a pas de
douleur, si la cyphose est bien réductible activement et s'il n'y a
aucun signe radiologique, on peut être rassurant. Plus que les
rappels à l'ordre ou les séances de kinésithérapie, une pratique
sportive régulière contribuera à favoriser le redressement actif de
cette mauvaise attitude. Il est néanmoins prudent de prévoir un
contrôle à 6 mois.
- D'autres causes plus spécifiques
doivent être dépistées :
- cyphoses angulaires
consécutives à un traumatisme, une malformation
congénitale, un mal de Pott (tuberculose osseuse), un spina
bifida, aux suites d'interventions
neurochirurgicales avec laminectomie, neurofibromatose.
- certaines maladies rares
: ostéochondrodysplasies.
- Enfin, il existe des
cyphoses "idiopathiques", de caractère
volontiers familial, qui donnent un dos rond, sans manifestation
douloureuse ni anomalie évidente des vertèbres sur les
radiographies. Le traitement orthopédique de ces cyphoses peut être
décevant.
|