|
| |
Les objectifs du traitement
Le traitement a pour but de
diminuer les contraintes mécaniques qui provoquent la
détérioration des cartilages de croissance des plateaux vertébraux.
Ainsi, la douleur disparaîtra et les vertèbres reprendront une
croissance harmonieuse.
Contrairement à la scoliose, qui est un processus de
déformation évolutive tout au long de la croissance,
la dystrophie rachidienne de croissance représente une fragilisation
limitée dans le temps, de 6 à 18 mois. D'où l'intérêt de
mettre en route précocément des mesures efficaces, avant la constitution
de lésions importantes et de grandes déformations qui risquent
d'évoluer "pour leur propre compte".
Conduite pratique
Les mesures de première intention :
- Repos sportif
- Kinésithérapie avec musculation dorsoscapulaire en
extension et travail de correction posturale passive et active.
- Elastoplast tendu dans le dos pour un rappel à
l'ordre "proprioceptif".
Les indications du traitement par corset :
- Douleur persistant régulièrement
depuis plus d'un mois,
malgré les mesures de première intention.
- Cyphose dorsale de plus de 50°
- Lésions radiologiques caractéristiques
- Localisation lombaire ou
dorsolombaire, en particulier s'il existe un
pli abdominal témoignant d'un effondrement chronique en station
assise.
Les types de corsets
Les habitudes varient selon les régions et les équipes
médicales. Pour notre part, nous utilisons deux types de corsets :
Les grands corsets à rappel sterno-scapulaire
- Ils ont une action directe
de type "passif" sur la cyphose. En fait, un
redressement actif à l'intérieur du corset est toujours nécessaire
pour qu'un corset soit bien toléré et efficace.
- Ils sont particulièrement
indiqués pour :
- les cyphoses dorsales déjà assez enraidies
- les cyphoses dorsolombaires à grand rayon de
courbure.
- Ils ne permettent pas toujours de contrôler la
projection de la tête en avant, qui entraine l'ensemble du rachis en
cyphose. Dans ce cas, on doit ajouter un petit mât de rappel
postérieur supportant un collier cervical.
Les corsets courts avec mât de rappel postérieur
- Un corset lombaire permet de
stabiliser la lordose lombaire et d'éviter un creusement
compensateur de celle-ci lorsque l'on veut redresser la cyphose
dorsale.
- Un mât postérieur porte un
collier cervical de rappel qui est réglé par le patient lui-même :
- Le but est un rappel à l'ordre favorisant un
redressement ACTIF de la cyphose.
- Le collier est réglé par le patient lui-même.
Il ne doit pas être serré.
- Au début, le mât est courbé de manière à
suivre la courbure cyphotique et à rester discret sous les
vêtements.
- Au bou d'un mois, le patient à pris l'habitude
de mieux se tenir et il est facile de redresser progressivement le
mât.
- Ce dispositif nous paraît plus efficace que la
"plaque DLM" dont il est dérivé, et qui ne permet pas
de contrôler l'hyperlordose lombaire de compensation.
- Ces corsets conviennent bien aux
cyphoses encore souples,
- mais où l'on note une projection marquée de
la tête en avant.
- ou lorsque l'on souhaite libérer la région
pectorosternale des contraintes parfois mal supportées à ce
niveau.
- Nous ne mettons plus de
bretelles d'épaules : le redressement des épaules
accompagne généralement celui de la tête.
Les corsets courts avec mâts antérieurs
- Ces corsets courts ont l'avantage
de libérer le cou et les épaules.
- Ils conviennent à certaines
formes de localisation basse, comme les cyphose
jonctionnelles ou les dystrophies rachidiennes de croissance
lombaires.
Les indications que nous venons de donner sont
schématiques. Les combinaisons sont possibles en fonction de l'équilibre
général obtenu et de la tolérance du patient.
Les modalités du traitement
- Le corset est porté le
JOUR, période durant laquelle les zones de croissance sont
soumises à la pesanteur.
- Ceci diffère du traitement intermittent de
certaines scolioses, où l'on préconise un traitement de nuit.
Ces modalités sont encore l'objet de discussions.
- Le sport est arrêté
pendant un mois. Ensuite, lorsque les douleurs ont disparu,
le sport est repris de manière progressive, en évitant :
- Les flexions forcées,
- Les sauts répétitifs, en particulier au
tramplin,
- Les sports violents pour le rachis (football,
rugby, sports de combat).
- Pour le reste, tout dépend de la dose et de la
tolérance observée.
- La natation est classiquement recommandée...
- Une kinésithérapie
d'accompagnement est systématiquement prescrite :
- La
MUSCULATION DORSO-SCAPULAIRE nous semble le point majeur de la
rééducation.
- On peut y associer d'autres exercices :
assouplissements en extension, exercices proprioceptifs... mais il
ne faut pas oublier la MUSCULATION !
|
Dans les formes vues précocément,
le traitement orthopédique est rapidement efficace sur les douleurs et il
permet de sauvegarder un développement harmonieux des vertèbres en
réduisant la compression des zones des plateaux cartilagineux de
croissance. En même temps, l'adolescent reprend des habitudes de
redressement actif qui seront renforcées par une kinésithérapie
concommittante. Dans notre expérience, un
traitement orthopédique de quelques mois peut être suffisant dans ce
cas.
Dans les formes vues
tardivement, au stade de cunéiformisation,
les lésions sont trop
importantes et le potentiel de croissance restant est trop faible pour
espérer un redressement durable. Le traitement orthopédique a alors
surtout pour but d'éviter à la cyphose de continuer à s'aggraver
"pour son propre compte", jusqu'à ce que l'on soit bien sûr de
la fin de la croissance.
Il nous parait donc dangereux de
temporiser trop longtemps en multipliant des séances de kinésithérapie
si elle n'ont pas montré rapidement une
efficacité évidente sur les douleurs et sur la statique d'un jeune en
poussée de croissance pubertaire.

Corset anticyphose à
rappel sterno-scapulaire,
sur lequel a été ajouté un mât de rappel cervical pour contrôler la
projection de la tête en avant.
------------------


Corset court
avec rappel postérieur
permettant le redressement d'une cyphose basse dorsale
basse
encore très réductible.
--------------------

Corset court avec
mâts antérieurs
convenant à des formes localisées au niveau lombaire
|
Jusqu'à quand poursuivre le
traitement ?
Classiquement, il est dit, comme dans le cas des
scolioses, qu'il faut poursuivre le traitement orthopédique jusqu'à la
fin de la croissance. Il nous semble qu'il faut nuancer cette position.
- Un bilan est effectué à la
fin du mois de juin :
si le redressement obtenu hors corset est satisfaisant, on
proposera de suspendre le traitement pendant l'été et d'encourager
les activités de plein air, qui sont moins contraignantes
pour le rachis que la station assise prolongée dans une mauvaise
position, à l'école, devant la télé ou l'ordinateur...
- Un nouveau bilan est fait au
courant du mois de septembre, quelques temps après la rentrée
scolaire :
- Si le redressement s'est
maintenu, si aucune douleur n'est réapparue, on peut s'abstenir
de reprendre le port du corset, sous couvert de la
poursuite éventuelle de la kinésithérapie et surtout d'une
surveillance orthopédique régulière.
- S'il y a une tendance à
la récidive ou des lésions radiologiques importantes, il est
peut être préférable de reprendre le traitement pour
une durée déterminée au cas par cas
L'avenir fonctionnel
-
Une
cyphose, même importante, peut rester bien tolérée à l'âge adulte
si les courbures cervicales, dorsales et lombaires sont harmonieuses
et équilibrées.
- Les risques d'une cyphose
exagérée sont principalement :
- la majoration
progressive de l'effondrement cyphotique avec
apparition de douleurs dorsolombaires,
- des douleurs cervicales
du fait d'une hyperextension compensatrice,
- la limitation de la capacité
respiratoire.
|
Le traitement chirurgical
- Le traitement chirurgical
est néanmoins réservé à des cyphoses très sévères, proches de
80°, qui n'ont pas pu être contrôlées par le traitement
orthopédique et la rééducation, en particulier :
- s'il existe déjà un déséquilibre inquiétant
- s'il existe déjà des douleurs significatives
- Le traitement consiste à
redresser et à stabiliser la cyphose dans une position équilibrée,
ce qui peut nécessiter deux temps opératoires successifs :
- un premier temps antérieur, par voie thoracique
classique ou vidéoscopie, pour libérer les vertèbres
(discectomies)
- un second temps postérieur pour fixer la cyphose
en position corrigée, avec des tiges métalliques et des greffons
osseux.
- Les patients doivent
être informés des risques de cette chirurgie qui,
outre les risques propres à toute chirurgie (accident anesthésique,
infection, phlébite, embolie...) sont principalement :
- des complications
intestinales très graves par étirement et pincement
des vaisseaux de l'intestin grêle lors du redressement de la
cyphose,
- des complications
neurologiques (paralysie),
- un arrachage des
dispositifs de fixation des tiges maintenant la
réduction de la cyphose ou une fracture des tiges associée à
des difficultés de consolidation des greffes osseuses.
- Néanmoins, comme dans la
chirurgie de la scoliose, le maximum de précautions sont prises
pour éviter ces complications.
|

Cyphose grave opérée
avant opération (à gauche)
et après redressement chirurgical (à droite)
|
|