Lors de la première consultation, il convient :
- d'affirmer la structuralité de la scoliose et définir sa
topographie
- de rechercher une cause spécifique
- d'apprécier le potentiel évolutif et la gravité
- de penser au dépistage familial
Affirmer la scoliose
Le diagnostic de scoliose structurale repose
essentiellement sur la mise en évidence d'une rotation
vertébrale, qui se traduit cliniquement par une gibbosité et
sur les radios, par une asymétrie des apophyses épineuses et des
pédicules.
L'examen clinique
Avant tout, on vérifie l'horizontalité
du bassin et l'on compense une éventuelle inégalité de
longueur des membres inférieurs. Puis l'on recherche les anomalies
caractéristiques dans les trois plans de l'espace :
- Dans le plan frontal :
asymétrie de la taille, des omoplates ou des épaules, déséquilibre
latéral mesuré au fil à plomb,
- Dans le plan horizontal :
gibbosité dorsale et/ou lombaire,
en faisant pencher le patient en avant les mains jointes : un des
côté fait une "bosse" alors que l'autre est effacé.
- Dans le plan sagittal (profil)
:
- Normalement, la colonne présente une succession
de courbures harmonieuses : cyphose dorsale (rondeur du dos) et
lordose lombaire ("creux des reins").
- l'hyperlordose lombaire
n'est vraiment pathologique que si la cambrure remonte plus haut
que la jonction thoracolombaire. Par contre "être
trop cambré" ne veut pas dire grand chose car le domaine des
valeurs normales est très large et la cambrure apparente est
souvent majorée par le volume des fesses.
- le dos plat :
il se traduit par une saillie importante des omoplates
- la cyphose jonctionnelle
est une dysharmonie de courbure entre un dos plat et la lordose
lombaire. C'est très évocateur d'un terrain scoliotique. On peut
aussi observer une cyphose jonctionnelle au niveau
cervicothoracique
- le dos creux
est la forme la plus évoluée du dos plat. C'est une
marque de gravité de la scoliose.
- L'inversion de courbure
: dos creux + cyphose lombaire représente le stade le
plus grave.
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Examen clinique 
Vue de dos
bassin horizontal, asymétrie de la taille et des épaules, saillie
des omoplates témoignant du dos plat, petite déviation frontale à
droite

Gibbosité dorsale droite, mise en
évidence en demandant au patient de se pencher en avant les mains jointes
pour bien dégager la cage thoracique.

Dos creux
bien visible entre la saillie des omoplates
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Les radiographies
Les radiographies permettent de préciser les données
de l'examen clinique et d'effectuer des mesures qui seront répétées à
distance pour définir la pente évolutive de la scoliose. Les clichés de
base sont :
- Une téléradiographie de face,
debout, avec correction de l'inégalité de
longueur des membres inférieurs notée cliniquement.
- Une téléradiographie de
profil, debout, dans la position du skieur tenant ses
batons (et non les bras en l'air),
- Une téléradiographie de face, couché : ce cliché
est classique, mais nous ne le demandons plus, pour limiter
l'irradiation des patients. Les informations qu'il apporte
(réductibilité spontanée) n'influent guère sur la démarche
pratique.
Les clichés centrés sur un segment rachidien (dorsal
ou lombaire) peuvent apporter des précisions diagnostiques mais ne
peuvent servir de référence à un suivi évolutif car leur imprécision
est trop grande (jusqu'à 10° d'erreur !).
La topographie de la
scoliose est définie sur les radiographies par les
vertèbres limites (les plus inclinées), les vertèbres neutres (dont la
rotation est nulle entre deux courbures) et les vertèbres sommets. Les
formes topographiques sont traitées à la page suivante (cliquez
ici).
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Téléradiographies de référence
de face et de profil debout.
Le profil est pris dans la position du skieur tenant ses bâtons, et non
les bras en l'air, ce qui exagèrerait le dos plat

Scoliose thoraco-lombaire gauche
de 26°. On voit bien la déviation des épineuses et l'asymétrie des
pédicules témoignant de la rotation vertébrale.

Le bilan étiologique
de base :
- La recherche d'antécédents
pathologiques personnels ou familiaux
- Un examen neurologique avec :
- examen des réflexes
- recherche du signe de Babinsky
- recherche des réflexes cutanés
abdominaux. Leur abolition évoque une malformation médullaire
(syringomyélie)
- manoeuvre doigt-nez (recherche
d'un syndrome cérébelleux)
- recherche d'un nystagmus
- recherche d'une anomalie de la
langue, du voile du palais, des mains.
- Recherche d'une élasticité
articulaire anormale, de tâches cutanées café au lait, de pieds
creux, auscultation cardiaque.
- Examen attentif des radios :
malformation de la charnière crânio-occipitale, malformation
vertébrale...
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Rechercher une cause
La scoliose
"idiopathique", c'est-à-dire sans cause précise identifiable,
est un diagnostic d'élimination.
Un examen clinique
détaillé, une lecture attentive des radiographies, complétés au besoin
par des examens complémentaires (clichés centrés, IRM, bilan
électrophysiologique), rechercheront :
- une cause neurologique,
en particulier une syringomyélie (cavité dans la moelle épinière)
dont l'un des premiers signes peut être une abolition des réflexes
cutanés abdominaux (recherche en grattant la peau du ventre).
- une malformation vertébrale,
- une tumeur, une infection, une
lésion traumatique,
- une neurofibromatose
(maladie de von Recklinghausen) qui peut se révéler par de multiples
tâches "café au lait" sur la peau,
- une maladie tissulaire, comme
la maladie de Marfan, avec une hyperlaxité articulaire importante.
Il faut être particulièrement
vigilant devant :
- une colonne douloureuse.
- un dos raide, une
courbure courte et sans rotation, une inversion de courbure
- l'existence de signes
neurologiques, cutanés, d'une hyperlaxité, de pieds creux
- une topographie
"atypique" : dorsale gauche, cervicodorsale
- une évolution échappant au
schéma habituel.
Le processus scoliotique est le
plus souvent silencieux ! 80 % des scolioses se constituent
sans douleur, ce qui peut en retarder la découverte. Dans 20 % des cas,
la consultation est motivée par une douleur. Toute douleur persistante est suspecte et
doit être bien analysée.
Habituellement, les scolioses
idiopathiques sont thoraciques droites et/ou lombaires gauches. L'inverse
est suspect et doit faire rechercher, plus attentivement encore, une cause
neurologique.
Devant une scoliose
d'évolution sévère ainsi qu'avant toute intervention chirurgicale, nous
demandons systématiquement un bilan neurologique spécialisé et une IRM
de l'ensemble du rachis
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Apprécier le potentiel évolutif
et la gravité
Par définition, une scoliose
n'est reconnue évolutive que si l'on constate son aggravation lors de
deux examens radiologiques successifs à quelques mois d'intervalle.
Il faut donc toujours demander un bilan
radiologique de base dès le premier examen, pour avoir une
référence objective lors du suivant !
Le pronostic évolutif d'une scoliose
idiopathique repose sur :
- L'âge de découverte :
plus
une scoliose se manifeste précocément, plus son risque évolutif est
grand.
- L'angle de Cobb, qui mesure
l'incurvation frontale.
- La maturation sexuelle et osseuse.
| Angle
de Cobb |
Début
de puberté
Risser "-2" |
Pic
pubertaire
Risser 0-1 |
Risser
2 |
| 5° |
10 % |
5 % |
|
| 10° |
20
% |
10 % |
|
| 20° |
60
% |
30
% |
2 % |
| 30 ° |
90
% |
60
% |
30
% |
D'après Lonstein et
Bunnell
Ce tableau permet de fonder une conduite pratique :
- En principe, deux mesures
espacées de 4 à 6 mois doivent permettre d'affirmer l'évolutivité
de la scoliose avant d'entreprendre un quelconque
traitement orthopédique.
- Devant une scoliose
découverte tôt, à petit angle, on peut même se
permettre d'attendre une troisième mesure pour confirmer la pente
évolutive et pallier aux imprécisions de mesure (+/- 3°)
- Devant une petite
scoliose d'une dizaine de degrés, de découverte tardive
après les premières règles ou Risser 1, le risque évolutif est
minime et la surveillance vise surtout à ne pas passer à côté
d'une forme secondaire à une cause spécifique.
- Dans les scolioses de plus
de 20° découvertes en début de phase pubertaire, a fortiori dans
les formes de plus de 30°, le risque évolutif devient majeur
et il parait légitime de discuter un traitement d'emblée, sans
attendre une aggravation supplémentaire de la scoliose.
D'autres paramètres interviennent dans l'appréciation de la gravité
d'une scoliose :
- L'importance de la rotation vertébrale, du
déséquilibre, du dos creux,
- La forme topographique : ceci sera décrit à la page
suivante,
- La réductibilité de la déformation.
- Les conséquences esthétiques et fonctionnelles
déjà observées : douleurs, essoufflement à l'effort...
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La maturation sexuelle
et osseuse
Le but du bilan est de situer par
rapport à la courbe théorique de Duval-Beaupère et à trois jalons
principaux :
- Le début de la poussée de
croissance pubertaire (point P) où la scoliose risque de
s'aggraver brutalement :
- accélération de la
courbe de taille, en particulier de la taille mesurée en
station assise.
- l'apparition des
premiers caractères sexuels secondaires : pilosité
pubienne et bourgeons mammaires,
- La mesure de l'âge
osseux, à partir de radiographies de la main et du
coude, permet de savoir s'il y a un retard ou une avance par
rapport à l'âge civil et d'apprécier le potentiel de croissance
résiduel.
- La puberté proprement-dite
: premières règles chez la fille, mue et début du rasage
chez le garçon ; apparition du noyau d'ossification du cartilage de
croissance de la crête iliaque (Risser 1). Après cette date, la
pente évolutive se maintient puis décroit. Une scoliose qui n'était
pas évolutive jusqu'alors, n'a pas de raison de le devenir
soudainement.
- La fin de la croissance :
la taille pouvant parfois progresser par paliers, c'est la soudure de
la barette d'ossification à l'aile iliaque (Risser 4) qui permet
d'être formel. La messe est dite !

Fausse scoliose
par inégalité de longueur des membres inférieurs. Il n'y a pas de
rotation vertébrale et la colonne se réaxe dès que l'inégalité de
longueur est compensée
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Penser au dépistage familial
Lorsqu'une scoliose est découverte, le risque d'en
découvrir d'autres dans la même famille est 50 fois supérieur à celui
de la population générale. La gravité de ces autres scolioses est
imprévisible. Il importe donc de faire un examen
clinique de dépistage chez tous les enfants du même âge ou plus jeunes
de la famille ainsi que chez les collatéraux (cousins, cousines, neveux,
nièces...). |

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